Un départ déchirant

On a tous une histoire à raconter à propos d’Eddie Lantigua. Pendant neuf saisons, il a été le meilleur ambassadeur de l’équipe de baseball de la ville de Québec. « Monsieur Capitales », c’est lui! Par ses sourires, son accessibilité auprès des amateurs et bien entendu, ses retentissants coups de circuit, Eddie a marqué les amateurs de baseball de la région. 

Par Pier-Luc Nappert, Directeur des communications

L’histoire que je vais vous raconter débute en juin 2005, au cœur de la saison record d’Eddie. Je ne travaillais pas encore pour l’organisation des Capitales, mais depuis déjà plusieurs années, j’assistais fréquemment aux parties des Capitales. Comme tous les jeunes, mon joueur préféré était Eddie Lantigua. J’avais à peine 16 ans et dans le cadre d’un projet scolaire, j’avais demandé aux Capitales si c’était possible de rencontrer Eddie Lantigua en entrevue. J’étais un peu intimidé certes, au moment de l’entretien. Mais la nervosité était vite tombée. J’étais plutôt impressionné par les réponses du numéro 31, qui semblait prendre un plaisir fou à jaser avec les enfants. « Tu sais, j’ai déjà été petit aussi. Je sais ce que c’est que d’être un enfant », disait-il…

Pour les gens de l’administration des Capitales, c’est un plaisir de travailler avec un individu comme Eddie Lantigua. Étant une organisation active dans la communauté, les Capitales font souvent appel aux joueurs pour différentes activités promotionnelles et communautaires telles que des visites dans les hôpitaux, des collectes de sang et des conférences dans les écoles. Depuis quelques années, nous avons la chance de compter sur plusieurs joueurs disponibles et généreux comme Patrick Scalabrini, Patrick Deschênes, Karl Gélinas, Goefrey Tomlinson…Mais pendant plusieurs saisons, Eddie a été le porte-étendard des Capitales, le seul joueur qui pouvait réellement répondre aux besoins de l’équipe. On n’a pas besoin de demander deux fois à Eddie de participer à une activité. Il le fait toujours avec joie et il s’implique à fond. Eddie, c’est Eddie!

Nul ne doute qu’Eddie avait ralenti cette saison. Il ne connaissait pas nécessairement une mauvaise campagne, mais selon les standards d’excellence qu’il avait établis dans le passé, il vivait ses pires moments depuis son association avec les Capitales. Il était retiré beaucoup trop souvent sur trois prises et il s’élançait régulièrement pour la clôture au lieu de se contenter d’un but sur balles. C’est surtout son manque de mobilité et d’intensité qui déplaisaient au gérant Michel Laplante. Ses coéquipiers et les amateurs s’en rendaient compte, eux aussi. Mais en cette année où le roi aurait pu être détrôné par les Gagné et Laforest de ce monde, les partisans scandaient encore : « Eddie, Eddie, Eddie! »

Eddie a-t-il posé un geste égoïste en claquant la porte à quelques semaines du début des séries éliminatoires? Une chose est certaine, chaque fois que je jasais avec lui, il ne cessait de dire à quel point il souhaitait remporter une bague de championnat pour chacun de ses enfants. Je crois qu’Eddie a toujours voulu gagner et qu’il s’est dévoué pour les Capitales. Il était toutefois malheureux au sein de l’équipe en constatant que son rôle avait diminué. Il n’a jamais caché que le poste de frappeur désigné ne l’intéressait pas. Et comme la plupart des athlètes professionnels qui ont connu la gloire, Eddie refuse d’admettre qu’il a fléchi.

On ne pourra jamais reprocher à Michel Laplante de prendre des décisions dans le but d’améliorer l’équipe. Dans sa philosophie du baseball, Laplante prêche pour une défensive de qualité et il estime que les Capitales sont meilleurs lorsqu’Eddie est le frappeur de choix. En cinq saisons à la barre de l’équipe, Michel Laplante ne s’est pas trompé souvent. Il a guidé son équipe à trois des quatre dernières finales de la Ligue Can-Am, remportant les grands honneurs en 2006. Il a pris des paris et la majorité du temps, il a gagné!

Le départ d’Eddie est triste et malheureux. Mais en toute objectivité, c’est peut-être la meilleure chose pour les Capitales. Il ne reste plus qu’à souhaiter que les amateurs se souviendront d’Eddie comme du plus grand joueur de l’histoire de l’équipe. Qu’ils se rappelleront ses bombes dans les arbres du Stade municipal. Et qu’ils ne laisseront pas les jeux nonchalants de Lantigua ternir sa réputation. 

En espérant aussi que le Stade municipal soit plein à craquer lorsque, dans un avenir rapproché, le numéro 31 sera accroché à tout jamais au Parc Victoria.
 

Réailisé par MOTW Sports