LE STADE MUNICIPAL: UN JOYAU HISTORIQUE

Érigé au cœur de la magnifique ville de Québec et entouré de majestueux arbres centenaires, le Stade municipal revêt un cachet particulier. À l’été 2008, l’organisation des Capitales a souligné le 70e anniversaire de l’édifice qui a, au fil des ans, accueilli des dizaines d’équipes de baseball qui y ont joué des milliers de rencontres. Par son décor enchanteur, son atmosphère et son histoire, le Stade municipal est souvent considéré comme l’un des plus beaux stades du baseball mineur.

Une promesse audacieuse

Construction du Stade municipal en 1938L’histoire du Stade municipal débute à l’été 1937, bien loin de la Vieille Capitale. Le Premier Ministre du Québec, l’Honorable Maurice Duplessis, un fervent amateur de sports, est invité par l’équipe de Trois-Rivières de la Ligue Provinciale à faire le premier lancer de la saison. Lors de sa visite, il constate avec beaucoup de déception l’état lamentable du vieux stade trifluvien. Duplessis s’engage alors à doter plusieurs villes du Québec d’infrastructures sportives adéquates. Il fait d’une pierre deux coups avec ses investissements dans des grands travaux publics, puisqu’il crée des milliers d’emplois pour une économie encore durement touchée par le chômage.

En 1938, le gouvernement acquiesce à  la demande du groupe représentant les Athlétiques de Québec, qui souhaite voir Québec dotée d’un véritable stade de baseball. Les travaux de construction débutent dès les premiers jours d’avril, mais ne se termineront qu’à l’automne, après la saison de baseball.
La première partie de l’histoire du Stade municipal a lieu l’année suivante, le 14 mai. Parmi les dignitaires présents, on retrouve le maire de Québec, M. Lucien Borne (le grand-père de l’animatrice Geneviève Borne). Plus de 5 000 personnes assistent à la victoire de 6-5 des Athlétiques de Québec contre Trois-Rivières.

 
Les Athlétiques de Québec, les premiers locataires

L'édition 1938 des Athlétiques de QuébecAvant de s’installer dans leur nouvel édifice, les Athlétiques jouent une saison complète à l’hippodrome du parc de l’Exposition. La première vedette de l’équipe est le québécois Roland Gladu. Il est d’ailleurs le premier joueur des représentants de la cité de Champlain à frapper un coup de circuit au nouveau stade. Gladu atteindra les ligues majeures en 1944, disputant une vingtaine de parties avec les Braves de Boston.

Les Athlétiques sont membres de la Ligue Provinciale, mais se joignent à la Ligue Can-Am avant le début de la saison 1941. Autre changement significatif, ils deviennent une filiale des Dodgers de Brooklyn. 

Au terme de la campagne de 1942, la Ligue Can-Am, à l’instar de la majorité des ligues mineures, suspend ses activités en raison de la deuxième guerre mondiale.

L’épisode des Alouettes

Après la guerre, le baseball reprend. Québec est de retour dans la Can-Am mais l’équipe porte maintenant un nouveau nom, les Alouettes. Gérard Thibault, mieux connu dans le monde des cabarets, devient co-propriétaire. L’équipe s’associe aux Cubs de Chicago en 1946 et aux Giants de New York en 1948. Sur le terrain, les Alouettes connaissent très peu de succès, terminant au dernier rang lors de trois années consécutives.

L’épopée des Braves de Québec

Les Braves de QuébecLors de la saison 1948, les Alouettes sont vendus à un homme d’affaires bien connu à Québec à cette époque, M. Ulysse Ste-Marie. Le nouveau propriétaire souhaite que son équipe quitte les bas fonds du classement de la Ligue Can-Am.

À l’aube de la saison 1949, il prend les grands moyens. D’abord, il change le nom de l’équipe; Québec sera dorénavant représenté par les Braves. Il embauche également un nouveau gérant, Frank McCormick. Ce dernier a connu une brillante carrière avec les Reds de Cincinnati notamment, en participant à neuf parties d’étoiles. Sous la gouverne de McCormick, les Braves remportent le championnat de la Ligue Can-Am, totalisant 90 victoires soit 34 de plus que la saison précédente.

Le séjour de McCormick à Québec est plutôt bref, il quitte après une saison seulement. Il est remplacé par George McQuinn, un autre premier but étoile qui arrive des ligues majeures. À sa première saison à la barre des Braves, McQuinn remporte un premier championnat.

Georges Maranda et Warren SpahnL’édition 1950 figure au classement des 100 meilleures équipes de toute l’histoire des ligues mineures (classement établi en 2002). C’est également la dernière année où les Braves sont membres de la Ligue Can-Am. À partir de 1951, Québec réintègre la Ligue Provinciale et devient également une filiale des Braves de Boston (et de Milwaukee à partir de 1953).

D’ailleurs, le 15 juillet 1953, toute l’équipe des Braves de Milwaukee, avec le légendaire lanceur Warren Spahn en tête, débarque à Québec pour affronter les Braves dans une partie hors-concours. Deux ans plus tard, le 31 mai 1955, Milwaukee revient cette fois avec le futur roi des coups de circuit, Henry Aaron. Ce dernier brille et frappe la seule longue balle de cette partie d’exhibition.
La Ligue Provinciale cesse ses opérations au terme de la saison 1955. Les Braves existèrent pendant sept ans et furent une véritable dynastie, remportant six championnats.

 

 Les Indiens, du baseball local bien vivant!

L'édition 1970 des Indiens de QuébecÀ l’été 1956, Québec se retrouve sans baseball professionnel. Les ligues mineures, partout en Amérique du Nord, traversent une période difficile. La télévision bouleverse les habitudes des amateurs de baseball qui délaissent progressivement les stades des ligues mineures. Malgré cela, un homme à Québec croit à l’aventure du baseball, il s’agit d’Hugues Beaudoin. Dès 1957, une nouvelle équipe voit le jour, les Indiens de Québec. Ils existeront jusqu’en 1970.  

Ils évoluent d’abord dans la Ligue de la Mauricie, puis dans une autre version de la Ligue Provinciale. Constituée à l’origine de joueurs amateurs québécois, la ligue connaîtra progressivement une évolution, si bien, qu’en 1970 on ne retrouve que des joueurs d’origine américaine ou latine chez les Indiens et évidemment, ils sont tous professionnels.

Au cours de leur existence, les Indiens de Québec, donnèrent aux amateurs de Québec, trois championnats, soit en 1960, 1964 et 1969.

Les Carnavals/Métros, l’école des vedettes

Les années 70 s’avèrent fastes pour le baseball au Québec. Les Expos de Montréal viennent tout juste de naître (1969) devenant ainsi la première équipe non-américaine des ligues majeures. Deux ans plus tard, ils établissent leur club-école AA à Québec. Baptisée Carnavals en l’honneur de la populaire fête hivernale, la franchise québécoise deviendra une terre d’accueil de futures vedettes.

Ellis Valentine dans l'uniforme des Carnavals en 1974Après une saison inaugurale difficile sur le terrain, les Carnavals terminent la saison 1972 avec un dossier de 75 victoires et 64 défaites, à seulement 2½ parties des Aigles de Trois-Rivières. Ils établissent un record d’assistance pour la Ligue Eastern en accueillant 148 818 spectateurs.

L’édition 1973 comprend le futur membre du Temple de la renommée, Gary Carter. Il perfectionne les rudiments du métier de receveur tout en amassant de bonnes statistiques au bâton (.253, 15 circuits et 68 points produits). L’as lanceur, Steve Rogers, brille également lors de son passage à Québec cette même année.

1974 s’avère une saison exceptionnelle. Les Carnavals remportent le championnat de division et les cinq voltigeurs qui se partagent le travail dans le champ extérieur atteignent tous les ligues majeures (Warren Cromartie, Bombo Rivera, Tony Scott, Ellis Valentine et Jerry White).

L’année suivante, l’équipe connaît des problèmes financiers. François Bonetto est le nouveau propriétaire et les Carnavals deviennent alors les Métros.

En 1976, la jeune étoile André Dawson, fait un séjour qui ne dure que 40 parties à Québec. Ses succès (.357, 8 circuits et 27 points produits) le propulsent rapidement à Denver, au niveau AAA.
Au terme de la saison 1977, les Expos déménagent leur filiale AA. Québec se retrouve sans baseball et le Stade municipal est abandonné.

La renaissance du baseball professionnel

Le comité de relanceUtilisé uniquement pour le baseball junior, le Stade municipal dépérit à un point tel, qu’au milieu des années 1990, les autorités de la Ville de Québec songent fortement à le démolir. Un groupe de citoyens, mieux connu sous le nom du Comité de Relance, se forme pour sauver le vieil édifice. Des travaux d’embellissement sont effectués par ce comité.

Parallèlement, Messieurs Jean-François Côté et André Lachance se mettent à la recherche d’un investisseur. Car, même si la démolition du stade est évitée, ça prend un locataire pour justifier des investissements de la part de la Ville de Québec.

À l’invitation de Jean-François Côté, Miles Wolff, éditeur de la revue Baseball America, fait une première visite à Québec. Il n’est pas convaincu du potentiel en raison de l’état de décrépitude de l’édifice.

Six mois plus tard, après que la ville eut fait certains travaux, Wolff revient. Cette fois, il tombe littéralement en amour avec le parc de baseball. Le 4 juin 1999, les Capitales foulent le terrain pour y jouer du baseball professionnel, redonnant ainsi vie à l’un des plus beaux joyaux des ligues mineures. Depuis, la Ville de Québec a consacré des sommes considérables à la réfection et à la modernisation du Stade municipal, tout en se souciant, bien entendu, de conserver la touche historique qui le rend mythique.