Une ligue oubliée: La Ligue senior du Saguenay-Lac-St-Jean
Par Daniel Papillon
En 1993, Miles Wolff prenait le pari que le baseball indépendant était viable. Il fait revivre la ligue Northern en dehors du cadre traditionnel qu’est le baseball affilié. Ce fut un succès instantané. En 2006, il y avait 7 ligues de baseball indépendant en opération au Canada et aux États-Unis. Ces dernières ont attiré plus de 7 millions de spectateurs.
Le phénomène du baseball indépendant n’est pas nouveau et en particulier au Québec. Évidemment, les Capitales qui représentent maintenant la seule équipe de baseball professionnel dans la province, connaissent un immense succès depuis 11 ans.
Il y eut également, à une autre époque, quelques ligues qui, à certains moments de leur existence, ressemblaient au baseball indépendant que l’on connaît aujourd’hui. Elles furent connues sous le nom de: ligue des Cantons de l’Est, ligue Provinciale ou encore ligue de baseball sénior du Saguenay-Lac-St-Jean. L’histoire de cette dernière est surprenante et relativement méconnue. Certains anciens joueurs des ligues majeures ont laissé des souvenirs impérissables dans cette région que l’on surnomme le Royaume.
L’histoire commence de façon modeste en 1953. Plusieurs personnes souhaitaient la création d’une ligue de baseball. Parmi les instigateurs principaux, on peut citer les noms de Messieurs Richard Desmeules, Albéric Vaillancourt et Thomas Marquis, qui fut d’ailleurs, le premier président.
À sa première saison, la ligue est composée de quatre formations, soient: Arvida, Chicoutimi, Jonquière-Kénogami et Port-Alfred. Le Pepsi-Cola de Jonquière remportera les honneurs du premier championnat.
Les premières parties jouées sous les réflecteurs ont lieu en 1956. Ceci permet, entre autre, d’allonger le calendrier de la ligue. Les premières vedettes proviennent de la région, tel les André Ringuette et Rodrique Langevin.
Rapidement, on fait appel au talent étranger. En 1957, John Mentis est nommé recrue de l’année. Ce dernier, un noir originaire de la Nouvelle-Écosse, joua pendant plus d’une dizaine d’années pour différentes équipes dans la Province de Québec.
D’ailleurs, au cours de l’existence de la ligue du Saguenay, soit de 1953 à 1973, plusieurs joueurs ont fait la navette entre les différentes ligues qui ont existé au Québec autour des années 60. Ce fut le cas notamment de John McKee, Carlos Thorne, Billy Bates, Claude Lizotte et Jerry Marshall.
À la fin de la saison 1963, une série de match furent joués afin de déterminer le « champion provincial ». Alma affronta alors les Braves de Plessisville et l’emporta. L’année suivante, l’expérience fut répétée et cette fois Chicoutimi pris la mesure des Royaux de Drummondville.
À cette époque, la ville de Québec était représentée dans la ligue du Saguenay par la formation du Parc Marchand.
De toute l’existence de la ligue, deux joueurs marquèrent son histoire et en firent sa renommée. L’un était en route pour les majeures et l’autre en arrivait. D’abord en 1963, l’équipe de Jonquière réussit à attirer un jeune américain du nom de Wayne Granger.
Ses succès au Saguenay lui ouvrirent les portes du baseball affilié et éventuellement, celles du baseball majeur. En 1965, les Cards de St-Louis lui font signer un contrat et il atteint la Ligue Nationale en 1968. Il restera 9 saisons dans les majeures, jouant pour 7 équipes. Durant toute sa carrière, il ne fut utilisé que comme lanceur de relève. Il connut ses meilleures saisons avec les Reds de Cincinnati. Il domine la ligue Nationale en 1970 au chapitre des sauvetages avec 35. Il termine sa carrière dans l’uniforme des Expos en 1976. Ces derniers l’avaient embauché avant cette saison à titre d’agent libre.
L’autre vedette qui s’illustra dans la ligue du Saguenay fut senor Ruben Gomez. Il eut un parcours très différent. En 1951, on le retrouve dans la ligue Provinciale avec la formation de St-Jean (dont le préposé au bâton à l’époque est nul autre que Claude Raymond). Les Giants de New York l’embauchent et on le retrouve avec ces derniers en 1953.
Il connut quelques bonnes saisons, remportant notamment 17 victoires en 1954. Il joua également pour les Phillies de Philadelphie, les Indiens de Cleveland et en 1962, pour les Twins du Minnesota. À ce moment-là, il était le coéquipier de Georges Maranda. D’ailleurs, à la fin de la saison, Maranda fut envoyé aux Indiens pour compléter la transaction qui avait amené Gomez au Minnesota.
À sa première saison avec Chicoutimi en 1968, il termine la saison avec un fiche parfaite de 12-0 et ce, malgré le fait qu’il était âgé de plus de 40 ans. Il domina également l’année suivante avec une m.p.m. de 0.82.
Évidemment, plusieurs autres joueurs auront marqué l’histoire de la ligue du Saguenay et il n’était pas rare à une certaine époque de voir des foules de 2 000 à 3 000 spectateurs aux parties. Un succès certain, mais qui demeure presqu’entièrement inconnu. |