La petite histoire du baseball (partie 4)
par Daniel Papillon
Avec la conclusion de la deuxième guerre mondiale, c’est toute la société nord-américaine qui est en effervescence. Le conflit mondial s’étant déroulé principalement en Europe, il n’y a pas de reconstruction à faire ici. Les soldats reviennent, et par ce fait, il y a plus de joueurs pour les ligues majeures et mineures. Les citoyens ont plus de temps à consacrer aux loisirs, ils ont également plus d’argent. L’économie du continent se porte à merveille.
D’ailleurs, on assiste à une forte explosion démographique. Cette période correspond également à un déplacement important de la population. En effet, on assiste à un étalement urbain significatif; c’est le développement des banlieues.
Aux États-Unis, c’est également au cours de cette période que s’organise le mouvement en faveur de l’émancipation des droits des gens de race noire. Ces changements économiques et sociaux auront des répercussions très importantes sur le monde du baseball.
D’abord, Branch Rickey jongle depuis plusieurs années avec l’idée de faire signer un contrat à des joueurs de couleur. Après avoir étudié minutieusement le profil de plusieurs candidats, il arrête son choix, en octobre 1945, sur Jackie Robinson, un porte couleurs des Monarchs de Kansas City. Ceui-ci signe un contrat avec les Royaux de Montréal, la principale filiale des Dodgers de Brooklyn.
Robinson jouera son premier match, dans l’uniforme des Royaux, le 18 avril 1946 contre les Giants de Jersey City. Il connaît beaucoup de succès dès sa première partie. Il termine sa journée au bâton avec 4 coups sûrs en 5 présences, 1 coup de circuit, 2 buts volés et 4 points marqués.
En 1946, Robinson n’était pas le seul noir à intégrer le baseball organisé. Ils étaient six et quatre de ce nombre le firent au Québec. Évidemment, Robinson avec les Royaux, mais il y eut aussi John Wright et Roy Partlow avec Trois-Rivières de la ligue Canado-Américaine et Manny McIntyre avec Sherbrooke de la « Border League ».
Le 15 avril 1947, Robinson changera à jamais le cours de l’histoire du baseball. En s’alignant avec les Dodgers de Brooklyn, il ouvre les portes aux joueurs de couleur. Dorénavant, tous les meilleurs joueurs de baseball seront réunis dans les ligues majeures.
Après la guerre, on assiste à une nouvelle tentative (la quatrième) de syndicalisation de la part des joueurs. C’est l’avocat bostonnais, Robert Murphy, qui est à la tête de l’ « American Baseball Guild ». L’organisation est mieux structurée; chaque équipe a un représentant élu. Des hausses de salaires et l’établissement d’un plan de retraite sont les principales revendications.
On évite la grève, les propriétaires font des concessions significatives, notamment sur le régime de retraite. L’argent pour financer le plan provient des droits de radiodiffusion. Cette entente deviendra capitale pour les joueurs, car le montant que représentaient ces droits à l’époque était important, mais le principe s’applique par la suite aux droits de télévision.
Cette entente entre joueurs et propriétaires affaiblit, à court terme, le rôle du syndicat. Les gains faits par les joueurs les rendent moins revendicateurs. La nécessité d’un syndicat semble moins évidente. Ceci entraîne même sa disparition. Néanmoins, lorsque les propriétaires tentent d’abolir le plan de retraite en 1953, les joueurs se regroupent à nouveau et la Major League Players Association voit le jour. Le syndicat réussit à sauver le fond de pension des joueurs.
Parallèlement, toujours en 1946, les frères Pasquel, qui contrôlent la ligue du Mexique veulent élever cette dernière au rang des deux ligues majeures. Des offres de contrats très alléchantes sont faites à plusieurs joueurs des majeures. Une vingtaine environ accepte de qui semble à l’époque le Klondike. Cette nouvelle menace fait réagir le commissaire du baseball M Happy Chandler. En mars 1946, il donne aux joueurs les quelques semaines qui restent avant le début de la saison pour revenir sur leur décision, sinon, ils seront bannis du baseball organisé pour une période de 5 ans.
Quelques uns choisissent de rentrer au bercail, mais 18 seront éventuellement bannis, dont les québécois Jean-Pierre Roy et Roland Gladu. L’expérience mexicaine s’avère un échec. Les frères Pasquel ne remplissent pas toutes leurs promesses. Ne sachant pas où aller jouer, 10 des joueurs bannis se retrouvent ici, au Québec en 1949, dans la ligue Provinciale , considérée dorénavant comme étant hors la loi. Ainsi, les Cubs de Drummondville se retrouvent avec une équipe composée notamment de Sal Maglie, Max Lanier, Roy Zimmerman et Danny Gardella.
Ce dernier avait entamé une poursuite contre le baseball majeur et en particulier contre la clause de réserve. Gardella, contrairement aux autres joueurs, n’avait pas renouvelé son contrat avec les Giants de New York lorsqu’il quitte pour le Mexique. Il n’était donc pas en situation de bris de contrat.
Finalement, le baseball majeur craignant une défaite en cour, permet aux joueurs bannis de réintégrer le baseball organisé et Gardella accepte un règlement hors cour. Ceci permet aux propriétaires de continuer à profiter des avantages de l’exemption à la loi anti-monopole et de la clause de réserve.
L’après guerre est une période également très prospère dans les ligues mineures. Cette situation sera cependant de courte durée , et ce pour différentes raisons.
En 1949, le réseau des ligues mineures compte pas moins de 59 ligues présentes dans 438 villes d’Amérique du Nord. Plus de 7 800 joueurs y jouent et 40 millions de spectateurs s’étaient déplacés pour les encourager. L’année suivante, l’ensemble des ligues mineures subissent une baisse importante de 7 millions de spectateurs. En 1951, une autre diminution de 7 millions et la disparition de 9 ligues.
Cette tendance se poursuivra tout au long de la décennie si bien qu’en 1960, il n’y aura plus que 19 ligues en opération, comptant 2 500 joueurs et attirant 20 millions d’amateurs.
Au cours de cette même décennie, 5 équipes du baseball majeur déménagent (voir détails à la fin du texte). Une situation qui ne s’était pas produite depuis 1903.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce ralentissement de l’engouement envers le sport national des américains. Les États-Unis étaient encore en guerre, cette fois en Corée. La population quittait de plus en plus les centres-villes pour aller vivre en banlieue. La majorité des stades étaient au centre-ville et commençaient à vieillir.
Le baseball avait également une concurrence plus féroce dans le domaine des loisirs. Le football et le basketball gagnaient en popularité. La télévision devenait de plus en plus présente. Pourquoi quitter le confort de sa maison de banlieue avec l’air climatisé pour aller au baseball au centre-ville?
De plus, les gens possédaient de plus en plus de voitures et plusieurs stades étaient sous-équipés au niveau du stationnement.
C’ est en 1956 que l’on crée le trophée Cy Young remis de 1956 à 1966 au meilleur lanceur des deux ligues majeures. Par la suite, il y aura un gagnant dans chaque ligue. Le premier récipiendaire fut Don Newcombe, des Dodgers de Brooklyn.
Le début des années 60 nous amènera à la première expansion du baseball et à d’autres changements importants que nous verrons dans la conclusion de ces articles sur les évènements marquants la semaine prochaine.
Transferts d’équipes
1953- Braves Boston: Braves Milwaukee
1954- Browns St-Louis: Orioles Baltimore
1955- Athletics Philadelphie: Athletics Kansas City
1958- Dodgers Brooklyn: Dodgers Los Angeles
1958- Giants New York: Giants San Francisco
Suite (Partie 5) |