La petite histoire du baseball (partie 3)
par Daniel Papillon
En 1914, le propriétaire des Red Sox de Boston était Joseph Lannin, un Québécois originaire de Lac Beauport. Il fit partie de la vague de Canadiens-Français qui allèrent chercher du travail chez nos voisins de la Nouvelle-Angleterre. Travaillant d’abord dans des hôtels de Boston, il réussit à faire des placements, surtout dans l’immobilier, qui lui rapportèrent. Sa bonne fortune l’amena à faire l’acquisition des Red Sox et par la suite, celle de George Herman Ruth, qui s’alignait avec les Orioles de Baltimore de la ligue Internationale.
Lannin ne fut propriétaire que pendant trois saisons, mais son équipe remporta la Série Mondiale à deux occasions. À cette époque, Babe Ruth était un jeune lanceur gaucher très prometteur. D’ailleurs, avant qu’il ne devienne définitivement un voltigeur avec les Yankees, il avait remporté pas moins de 94 victoires. L’impact que le Bambino a eu sur le baseball, et tout le monde du sport en général, n’a jamais été égalé. Il fut un frappeur plus que redoutable. Il termina sa carrière avec une moyenne au bâton de .342. Ses 714 coups de circuit furent, pendant près de 40 ans, un record qui semblait inatteignable. D’ailleurs, il réussit son exploit en 8 399 apparitions au bâton, comparativement à 12 364 pour Hank Aaron et 9 665 pour Barry Bonds (en date du 14 juin 2007). Entre 1920 et 1931, il remporta dix championnats de frappeurs de coups de circuit.
En dehors du terrain il possédait un charisme incroyable. On dit souvent qu’il sauva le baseball, à lui seul, par ses exploits et son immense popularité. Le scandale des Black Sox était tout récent et Ruth devint l’idole d’un peuple. La société américaine vivait de bons moments, c’était l’époque que l’on surnomme « les années folles ». Les gens avaient plus de temps et plus d’argent à consacrer aux loisirs.
Le monde du baseball était en pleine croissance. Autant dans les majeures que dans les mineures. Pourtant, la National Association, organisme qui régit le fonctionnement des ligues mineures, s’était retiré du National Agreement en 1919. Une mésentente concernant le repêchage et le système d’options des joueurs était à l’origine du conflit.
Le nouveau commissaire du baseball, le juge Landis, réussit à négocier une nouvelle entente. Les joueurs des ligues mineures continueront à être vendus sans plafond de prix. Par exemple, les Athletics de Philadelphie acquièrent les services de Lefty Grove pour la rondelette somme de 100 000.$
Parallèlement, on assiste au début du système de club ferme. Branch Rickey, alors directeur-gérant des Cardinals de St-Louis, en est l’instigateur. Les Cards deviennent propriétaires de plusieurs équipes et ce, à différents niveaux. Ainsi, ils font graduer et progresser leurs joueurs de classe en classe.
Entre 1922 et 1942, St-Louis a un surplus de joueurs dans son réseau, ce qui leur permet d’en vendre. Ils recueilleront plus de 2 millions de dollars de cette façon, ce qui leur permettra de rester compétitifs malgré le fait qu’ils soient dans un petit marché et peu populaire au guichet.
Autre phénomène important au cours de cette période; le rôle des médias. La presse écrite s’intéresse de plus en plus au baseball. Les reportages sont nombreux et quotidiens. C’est aussi les premières radiodiffusions de partie. Au départ, la très grande majorité des propriétaires sont contre l’idée. Ils craignent une baisse des assistances. L’effet est inverse, la base d’amateurs s’élargie considérablement.
Une couverture médiatique accrue, une croissance économique importante et l’émergence d’une vedette comme Babe Ruth permirent au baseball de s’élever au rang de sport national des américains.
Au début des années 20, un autre frappeur domine également dans la ligue Nationale, il s’agit de Roger Hornsby. Beaucoup moins charismatique que Babe Ruth (en fait, il était détestable), il connaît toutefois une carrière très impressionnante. Il remporte 7 championnats des frappeurs, dont 6 de façon consécutive. Il réussit à gagner 2 fois la triple couronne et à terminer 3 saisons avec une moyenne au bâton au-dessus de .400. D’ailleurs, entre 1920 et 1925, il maintient une incroyable moyenne de .402. Il termine sa carrière au deuxième rang dans l’histoire du baseball, au chapitre de la moyenne au bâton avec .358.
Parmi les autres évènements qui ont marqué cette époque, notons après la saison 1920, l’interdiction de lancer des balles mouillées. Une exemption fut accordée à 17 lanceurs, ni plus ni moins qu’un droit acquis.
En 1923, c’est la construction du Yankee Stadium, le plus grand stade de baseball à ce moment-là. C’est aussi cette même année que les Yankees remportent leur première Série Mondiale.
Le 2 mai 1930, à Des Moines en Iowa, est jouée la première partie officielle sous les réflecteurs. Il s’agit évidemment d’une rencontre des ligues mineures. Il y avait eu auparavant d’autres rencontres, cette fois d’exhibition, toujours dans les mineures ou les ligues de noirs. La première rencontre jouée en soirée dans les majeures eut lieu le 24 mai 1935 à Cincinnati.
Le Comiskey Park de Chicago accueille la première partie des étoiles le 6 juillet 1933. La ligue Américaine a le meilleur sur la Nationale en l’emportant 4 à 2. Babe Ruth, qui d’autre, réussira le premier coup de circuit de l’histoire de cette classique.
En 1939, on inaugure à Cooperstown, le tout nouveau Temple de la renommée du baseball. L’on croyait à l’époque que le baseball avait débuté dans ce petit village. Ce qui s’avèra évidemment être un mythe.
La saison 1941 est marquée par deux performances inoubliables. D’abord, Joe Di Maggio frappe en lieu sûr au cours de 56 parties consécutives et Ted Williams termine la saison avec une moyenne au bâton de .406, le dernier frappeur à dépasser la marque du .400.
La 2e guerre mondiale ralentira énormément les activités du baseball. Plus de 500 joueurs des ligues majeures et 3 500 des ligues mineures participent à l’effort de guerre. Le calibre de jeu est diminué considérablement. De plus, l’essence pour le transport et l’électricité pour les matchs en soirée sont rationnés.
Lorsque la guerre se termine, un évènement viendra changer l’histoire du baseball à jamais, et c’est à Montréal que c’est arrivé.
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