Charles « Victory » Faust
Par Daniel Papillon
Le baseball est assurément un sport unique par le nombre de légendes, mythes ou encore histoires rocambolesques qui façonnent son histoire. Des crampons affilés de Ty Cobb à Babe Ruth qui indique l’endroit de son prochain coup de circuit en Séries Mondiales, ces histoires, et bien d’autres, ont au fil des ans pris des proportions mythiques. Celle de Charles « Victory » Faust représente un autre chapitre de ce monde fascinant.
Charles Faust est né au Kansas en 1880. De descendance allemande, il est le plus vieux de six enfants. L’histoire de la famille Faust est plutôt tragique, puisque quatre des six enfants n’atteindront pas l’âge de 35 ans.
Les Faust habitent sur une ferme et l’on pourrait dire que Charles représente un peu « l’idiot du village ». Il n’a aucune prédisposition à suivre les traces de son père dans le métier d’agriculteur. Sa vie bien tranquille est bouleversée à l’été 1911 lors d’un voyage à St-Louis.
Il se rend au stade de baseball où les Giants de New York s’entraînent avant d’affronter l’équipe locale, les Cardinals. Il se présente à John McGraw, l’instructeur chef des Giants et lui raconte qu’une diseuse de bonne aventure lui a prédit qu’il aiderait les Giants à gagner le championnat de la ligue Nationale et ce, en tant que lanceur.
McGraw est très superstitieux et décide qu’il n’a rien à perdre en lui donnant un essai. Après seulement quelques lancers, l’instructeur des Giants réalise que Faust, malgré sa stature imposante (6’2’’ et 180 lbs), n’a rien d’un joueur de baseball.
Après son essai au monticule, les joueurs le laissent frapper et malgré le fait qu’il porte son costume du dimanche, ils le font glisser à tous les buts.
Faust quitte le stade, mais cette journée-là les Giants l’emportent par la marque de 9 à 0. L’ami Faust est de retour le lendemain et on le laisse à nouveau s’amuser avec les joueurs avant la partie. New York remporte une autre victoire et l’histoire se répète le surlendemain.
Lorsque les Giants quittent St-Louis pour continuer leur périple, ils n’amènent pas avec eux Charles Faust. Pourtant, ce dernier s’était présenté à la gare pour se joindre à ceux qu’il considérait maintenant comme ses coéquipiers. Malédiction ou hasard, la suite du voyage est désastreuse.
L’équipe new yorkaise a une surprise lorsqu’elle revient à la maison; Faust les attend au Polo Grounds (domicile des Giants). Avec Faust dans l’entourage, les Giants balaient d’abord les honneurs d’un programme double. Suite à ces deux victoires, on peut dire que la légende de Charles « Victory » Faust venait de prendre racine.
Dorénavant, John McGraw garde autour de l’équipe son nouveau porte-bonheur. Faust s’entraîne avec les autres joueurs et lance certaines pratiques au bâton. Régulièrement, durant les parties, Faust se réchauffe dans l’enclos des releveurs dans l’espoir que le gérant fasse appel à ses services.
La fiche des Giants depuis que Faust s’est présenté à McGraw à St-Louis est de 39 victoires et 9 défaites et lorsqu’il est en uniforme, ils ont remporté 36 parties, ne subissant que 2 défaites.
Sa popularité dépasse rapidement le monde du baseball. Après seulement trois semaines à New York, on lui offre un contrat pour faire du spectacle de vaudeville.
Lorsque Faust s’absente pour une première fois, les Giants subissent trois défaites. Il décide donc de réintégrer l’équipe et ce juste à temps pour le début d’un voyage de 22 parties. D’ailleurs, les Giants en compagnie de Faust, remportent les dix premières parties.
Malgré tous ces succès d’équipe, Faust demeure frustré devant le refus constant de John McGraw de l’utiliser comme lanceur. Pour le gérant, ce serait une farce, un manque de respect envers le sport du baseball, que d’acquiescer au désir de Faust.
La pression, par contre, se fait de plus en plus présente autour de McGraw. Les partisans adorent Faust et les journalistes aussi. De plus, les joueurs apprécient sa présence. Il réussit à faire relaxer tout le monde, étant souvent l’objet d’une blague de la part de ses coéquipiers. Ceci contraste avec le régime habituellement sévère du gérant des Giants.
L’équipe s’assure du championnat de la ligue Nationale avec six parties encore à jouer. Finalement, dans un match sans importance contre les Braves de Boston, McGraw fait lancer Charles Faust en 9e manche.
Il accorde un long double au premier frappeur qu’il affronte. Ce dernier viendra éventuellement marquer, mais les joueurs des Braves ne font aucun effort pour faire mal paraître Faust.
À la fin de la neuvième manche, les Giants se présentent au bâton et après les trois retraits réglementaires, Faust se trouve dans le cercle d’attente. Les joueurs des Braves demeurent sur le terrain et permettent à Faust se de présenter au bâton. La situation ressemble plus à du vaudeville. Il frappe et on le laisse contourner les buts avant de le retirer au marbre.
Le porte-bonheur des Giants est comblé, il peut maintenant affirmer qu’il a lancé pour l’équipe new yorkaise et que ces derniers ont remporté le championnat de la ligue Nationale. Faust a l’occasion de retourner au monticule juste avant la fin de la saison. Il lance une manche contre les Dodgers de Brooklyn sans donner de point.
Il a la chance également de venir au bâton lors d’une présence officielle. Il est atteint par un tir, on le laisse voler les deuxième et troisième buts. Il vient marquer sur un coup amorti-suicide.
La chance qu’amène Charles Faust aux Giants disparaît lors des Séries Mondiales. Les Athlétiques de Philadelphie sont leurs adversaires et disposent des Giants en six parties.
Au cours de la saison morte, Faust tente d’apprendre à lancer de la gauche. Il croit qu’ainsi il sera plus indispensable à John McGraw. Il se présente donc au camp d’entraînement des Giants au printemps 1912. Bien qu’on le laisse s’amuser avec les joueurs, lorsque la saison commence, l’équipe refuse de payer ses dépenses sur la route (il demeure présent au Polo Grounds).
Les Giants ont néanmoins un début de saison fantastique avec une fiche de 54 victoires contre seulement 11 défaites. L’insistance de Faust à toujours vouloir lancer finit par agacer sérieusement John McGraw. Avec l’aide de ses joueurs, il réussit à écarter définitivement Faust.
Les Giants connaissent une deuxième moitié de saison beaucoup plus difficile. Ils remportent cependant le championnat de la saison régulière avant de s’incliner à nouveau en Séries Mondiales.
Charles « Victory » Faust a tenté à plusieurs reprises de faire un retour avec les Giants, allant même plaider sa cause auprès des autorités de la ligue Nationale. Évidemment, toutes ses tentatives furent sans succès, par la suite, il tombe malade et meurt en 1915 à l’âge de 34 ans.
Cette histoire invraisemblable demeure unique dans le monde du baseball.
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