Le baseball à Trois-Rivières… une passion


par Daniel Papillon

La formation des Royaux de Trois-Rivières, club-école des Dodgers de Brooklyn, en 1946,C’est l’historien, Jean-Marc Paradis, qui parle ainsi dans son excellent ouvrage « 100 ans de baseball à Trois-Rivières ». Son livre nous fait revivre la passion que les trifluviens entretiennent pour ce sport.

M. Paradis retrace la première mention d’une partie de baseball dans un journal local, en octobre 1884. Comme un peu partout au Québec, c’est d’abord dans les collèges que l’on pratique le baseball. Sa popularité amène les grandes compagnies à s’y intéresser et surtout, à le soutenir financièrement.

La ville de Trois-Rivières joint les rangs du baseball professionnel, pour la première fois, en 1922. L’équipe se surnomme les « Trios » et elle est membre de la ligue Eastern Canada.

Le gérant, Paddy Grenier, qui remplace Billy Innes après seulement quelques semaines d’activités, conduit son équipe au championnat de la ligue. De retour en 1923, l’équipe éprouve des difficultés financières importantes. Le nouveau propriétaire, Arthur Bettez, croit que l’avenir du baseball dans la Mauricie est plutôt régional.

Trois-Rivières abandonne donc le baseball professionnel en 1924. Cette situation laisse la place, notamment, au développement de la ligue de la Vallée-du-St-Maurice. On assiste au premier véritable engouement pour le sport national des américains, partout dans la région.

La crise économique des années 30’, ralentit cependant la ferveur, en particulier en ce qui concerne les investissements dans les infrastructures. Il faut attendre le retour des joueurs professionnels pour voir changer cette situation.

En 1937, Trois-Rivières devient membre de la ligue Provinciale Indépendante. Le 24 juin de cette même année, l’honorable Maurice Duplessis, Premier Ministre du Québec et grand amateur de baseball, est invité à faire un lancer protocolaire au stade du Parc de l’Exposition.

Duplessis constate l’état déplorable des installations dans lesquelles le baseball est joué. Il mentionne alors aux dirigeants de l’équipe trifluvienne, qu’il va leur construire un nouveau stade.

La promesse est belle et bien tenue. Le nouveau stade ouvre ses portes le 22 mai 1938. Trois-Rivières remporte une victoire de 7 à 3 aux dépens de Drummondville devant plus de 7 000 spectateurs. L’équipe connaît peu de succès lors de cette première saison, mais les foules demeurent excellentes.

Parmi les vedettes de l’équipe, mentionnons Paul Martin qui termine au premier rang des frappeurs de la ligue et Pete Gray, un voltigeur qui ne possède qu’un seul bras et qui devient rapidement la nouvelle coqueluche des amateurs.

En 1940, la ligue Provinciale joint les rangs du baseball organisé dans la classe B. C’est cette même année que l’équipe adopte le surnom de Renards et qu’un jeune québécois de 19 ans, du nom de Jean-Pierre Roy, amorce une longue carrière chez les professionnels.

L’année suivante, les franchises de Trois-Rivières et Québec deviennent membres de la ligue Canado-Américaine. Par la suite, la deuxième guerre mondiale viendra suspendre les activités de la majorité des ligues mineures, dont celle de la CANAM et ce, pour une période de trois ans.

Le baseball est de retour en 1946. Et quel retour! D’abord, Trois-Rivières devient un club-ferme des Dodgers de Brooklyn et adopte le nom de « Royaux », comme leurs cousins de Montréal. Le gérant, Frenchy Bordagaray, conduit son équipe au championnat.

C’est lors de cette saison que Jackie Robinson devient le premier noir à réintégrer le baseball organisé. Trois-Rivières fait également partie de ce chapitre de l’histoire du baseball. On oublie souvent que cinq autres joueurs de couleur ont également joué cette même année, dont deux à Trois-Rivières, soit Roy Partlow et John Wright.

Après quelques saisons dans la Canado-Américaine et motivées par des raisons économiques, les villes de Trois-Rivières et Québec reviennent dans la ligue Provinciale en 1951.

L’année suivante, Trois-Rivières entre dans la grande famille des Yankees. Toutefois, peu de futures vedettes de l’équipe New-Yorkaise passeront par la Mauricie. D’ailleurs, l’entente ne dure que quelques saisons et en 1954, l’équipe s’associe aux Phillies de Philadelphie.

Après la saison 1955, la ligue Provinciale cesse ses activités. La décennie qui suit est ponctuée de hauts et de bas pour le baseball trifluvien.

On assiste d’abord à une autre renaissance de la ligue Provinciale, cette fois, elle est de calibre senior. Trois-Rivières en est membre, puis quitte et revient à nouveau en 1969, lorsque la ligue est composée de joueurs professionnels.

À leur deuxième saison dans cette ligue, les Aigles, dirigés par Marcel Guilbault, sont couronnés champions.

Le 12 septembre 1970, les villes de Trois-Rivières et Québec sont admises dans la ligue Eastern (calibre AA). Le 23 octobre suivant, les Aigles deviennent une filiale des Reds ce Cincinnati.

De 1971 à 1977, Trois-Rivières accueille plusieurs futures vedettes du baseball majeur. Les Aigles connaissent passablement de succès sans toutefois réussir à gagner un championnat de la ligue Eastern.

La formation de 1972 demeure une des plus remarquables. Pas moins de 8 joueurs ont réussi à atteindre les majeures (Joaquin Andujar, Pat Zachry, Will Mc Eaneney, Rawly Eastwick, Dan Driessen, Ken Griffey, Ray Knight et Joel Youngblood).

L’entente avec les Reds prend fin au terme de la saison 1977. Ainsi, Trois-Rivières et Québec (les Expos ont également cessé leur association avec les Métros la même année) se retrouvent sans baseball professionnel.

Est-ce qu’encore une fois Trois-Rivières empruntera le même chemin que la cité de Champlain? Assistera-t-on au retour de la ligue CANAM dans la Mauricie en 2010?

Réailisé par MOTW Sports